Michel Carrincazeaux est l’un de ces membres du CoWorcenx qu’on croise souvent, appareil en bandoulière ou ordinateur ouvert, entre deux missions. Photographe professionnel basé à Morcenx-la-Nouvelle, il couvre les mariages, les portraits, les photos scolaires et les prises de vue par drone. Mais derrière ce profil déjà bien rempli se cache une passion plus secrète : le collodion humide, une technique photographique née en 1850 qu’il s’est mis à expérimenter depuis un an et demi.
Un photographe ancré dans le territoire landais

Michel Carrincazeaux, c’est d’abord un professionnel de l’image installé dans les Landes, qui intervient sur un spectre large de prestations : mariages, portraits, photos d’identité, photos scolaires, photo truck, et prises de vue aériennes par drone. Un photographe de territoire, au sens plein du terme, qui connaît ses clients et son environnement.
Il partage son temps entre ses missions professionnelles et une démarche artistique personnelle qui le rapproche des grands photographes landais qui l’ont précédé — Félix Arnaudin, Ferdinand Bernède, Émile Vignes— qui eux aussi ont capturé les Landes à leur époque, avec leurs moyens techniques du moment.
« Juste une pause » : le projet
C’est le nom que Michel a donné à sa démarche au collodion : « Juste une pause ». Un titre qui porte deux sens à la fois. Le temps de pose d’abord — ce moment technique, quelques secondes ou quelques minutes, pendant lequel la lumière vient s’inscrire sur la plaque de verre humide. Une contrainte photographique qui force à ralentir, à choisir avec soin, à ne pas mitrailler. Mais aussi une pause dans le temps — une suspension, un pas de côté hors du flux numérique et de l’immédiateté. La technique du collodion impose sa propre temporalité : on ne peut pas aller vite, on ne peut pas recommencer à l’infini. Chaque plaque est un engagement.
Dans un monde où l’image est produite et consommée à la vitesse d’un scroll, « Juste une pause » est presque un acte de résistance — douce, silencieuse, chimique.
Le collodion humide : plonger dans la photographie de 1850
C’est la passion qui surprend, et qui fascine. Depuis un an et demi, Michel s’est lancé dans l’apprentissage d’une technique photographique qui date de 1850 : la prise de vue à la chambre photographique sur plaques de verre ou sur plaques de zinc, avec la technique du collodion humide — ou du collodion sec.
Cette méthode a été utilisée par les grands photographes landais du XIXe siècle : Félix Arnaudin, qui a immortalisé les bergers et les paysages de la Grande Lande avant les grandes transformations, mais aussi Bernède et Vignes. Des noms qui résonnent dans l’histoire locale, et auxquels Michel se réfère explicitement dans sa démarche.
Comment ça marche, concrètement ?
Le collodion est un liquide visqueux à base de nitrocellulose que l’on étale sur une plaque de verre, puis on la sensibilise dans un bain de nitrate d’argent. La plaque doit être exposée et développée tant qu’elle est encore humide — en quelques minutes seulement. Le résultat est une image en négatif sur verre.
Le tour de magie du procédé ? Quand on pose cette plaque sur une surface noire, le négatif se transforme visuellement en positif. L’image apparaît, avec ses tons chauds et ses détails d’une finesse impossible à reproduire numériquement. C’est ce que Michel décrit lui-même : « une image en négatif qui par magie arrive à passer en positif lorsqu’on la pose sur une surface noire ».
Un processus hautement aléatoire
Ce qui rend cette technique particulièrement exigeante — et addictive pour ceux qui s’y lancent — c’est son caractère imprévisible. Température ambiante, humidité de l’air, temps d’exposition, qualité du collodion, pureté de l’eau utilisée pour les bains : chaque paramètre influe sur le résultat final, et ces paramètres varient en permanence.
« C’est toujours un saut à l’élastique dans le vide, en essayant d’arriver au bout avec un résultat correct. »
Michel Carrincazeaux
Après de multiples essais et une longue période d’expérimentation, Michel commence à obtenir des résultats stables et satisfaisants. L’acquisition du matériel — onéreux — et la recherche de temps disponible ont été les deux obstacles principaux. La chambre photographique en elle-même est déjà un objet d’exception, souvent chiné ou fabriqué sur mesure.
Collodion humide vs collodion sec : deux approches, un même esprit
Michel travaille sur les deux variantes du procédé :
-
- Le collodion humide — la technique originale, la plus contraignante, qui impose de travailler en laboratoire de campagne mobile : la plaque doit être préparée, exposée et développée en moins de 10 minutes, avant que le collodion ne sèche. Cela implique d’avoir tout son matériel de traitement à portée de main sur le terrain.
- Le collodion sec — une variante apparue quelques années après le procédé original, qui permet de préparer les plaques à l’avance et de les exposer plus tard. Moins contraignante logistiquement, mais avec un résultat légèrement différent en termes de sensibilité et de rendu.
Les deux techniques produisent des images uniques, non reproductibles à l’identique — chaque plaque est un original absolu, ce qui leur confère une valeur artistique et patrimoniale particulière.
Dans la lignée des photographes landais du XIXe siècle
La référence à Félix Arnaudin n’est pas anodine. Arnaudin (1844–1921) est considéré comme le premier grand documentariste de la Grande Lande : il a photographié, collecté chants et contes, et témoigné d’un monde rural sur le point de disparaître avec l’industrialisation du massif forestier landais. Ses plaques au collodion constituent aujourd’hui un patrimoine photographique et ethnographique exceptionnel, conservé notamment au musée d’Aquitaine.
En reprenant cette technique — pas par nostalgie, mais par curiosité et exigence artistique — Michel s’inscrit dans une continuité qui a du sens sur ce territoire. Les Landes ont toujours eu leurs photographes témoins. Il en est un, à sa façon.
Du collodion au drone : l’amplitude d’un photographe complet
Ce qui est frappant dans le profil de Michel, c’est l’amplitude de sa pratique. D’un côté, la technique la plus ancienne qui soit en photographie argentique. De l’autre, la prise de vue par drone — technologie qui n’existait pas pour le grand public il y a quinze ans. Entre les deux, tout le spectre du métier de photographe professionnel : le mariage (avec toute la pression émotionnelle que cela implique), le portrait en studio, la photo scolaire, l’identité administrative.
Peu de photographes embrassent cet écart-là. C’est une forme de curiosité et d’exigence qui dit quelque chose sur la personne — quelqu’un qui ne s’est jamais contenté de maîtriser un seul registre.
Et si toi aussi tu es créatif, artisan, freelance ou porteur de projet sur le Pays Morcenais, le CoWorcenx est l’endroit pour travailler, expérimenter et rencontrer des gens comme Michel.

Rencontrez Michel au CoWorcenx
Michel Carrincazeaux est membre actif du Fier Lieu. Si vous souhaitez le rencontrer, discuter photographie, ou faire appel à ses services, vous pouvez le contacter directement via son site photographe-landes-carrincazeaux.com ou au 06 85 10 09 09.
Et si le projet de collodion humide t’intéresse — en tant que spectateur, collaborateur ou apprenti — n’hésite pas à nous contacter. Ce type de pratique artisanale et patrimoniale s’inscrit parfaitement dans l’esprit du FabLab et des ateliers que le CoWorcenx cherche à développer sur le territoire.